Mon amie Née bulleuse (sur Myspace) a proposé un petit jeu : choisir parmi plusieurs photos qu'elle nous a proposées puis écrire des textes à partir des photos. J'ai choisi celle-ci...
Elle avait insisté.
A sa façon bien sûr, l’air de rien, par petites touches légères et denses. Il n’avait pas répondu. Le silence avait plané longtemps, étendant sa toile sur les lieux, sur le temps. Ils avaient l’habitude du silence.
Elle avait déployé ses longs cheveux sur le visage de son amant en une caresse ténue, subtile qui avait ensuite vagabondé dans le creux de son cou, s’y était enroulée avant de venir effleurer sa poitrine. Il avait poussé un profond soupir, aussi profond qu’un trou noir qui aurait aspiré tous les mondes alentour. D’un baiser, elle avait fait revenir son souffle avant que ne bascule tout leur univers.
Longtemps encore, il s’était tu.
Patience, sapience !
Elle s’était éloignée de lui, s’était baignée dans l’onde et puis…
Telle une fleur nacrée aux reflets d’orient, telle un fruit d’Eden au jus prêt à s’épandre, elle s’était avancée, jetant sur son passage des éclats où se miraient la blancheur de sa chair, la rousseur et le sombre de ses entrelacs. Ses pieds d’albâtre foulaient à peine la terre brune, y faisaient naître des écrins de beauté où se reflétaient les splendeurs du monde. Elle s’avançait vers lui en tenant à pleines mains ses seins lourds de désir. Un sourire malicieux ourlait ses lèvres que sa langue caressait d’une pointe humide. Une langue qui se faisait tour à tour glaive ou chair ronde et qui appelait son sceptre, ô délice ! Ses yeux riaient de ce qu’éveillait chez lui son art.
Tapie tout autour, la vie semblait attendre, suspendue aux déhanchements divins qui la rapprochaient de son amant. En tous lieux, le parfum de son désir avait été perçu. Un parfum capiteux et troublant qui avait mis la fièvre dans les sangs et fait surgir les pierres.
Un chant séraphique et sensuel s’échappa de sa bouche et vint tourner autour des cheveux des anges qui en perdirent le nord. Jusqu’aux entrailles de la terre, s’insinuèrent la vibration de l’air et la fragrance sulfureuse. La noirceur rougeoyante exhala soudain un geyser orgiaque qui vint nimber son désir de pépites d’or.
Il faisait mine de dormir, poussant le jeu jusqu’à émettre un profond ronflement qui secoua le firmament. Elle rit et des cascades de grelots dévalèrent les rochers, grossirent en ruisseaux, en rivières…
« S’il te plait… » murmura-t-elle. « Si elle te plait »… « Ciel te plait »… tout en lovant son corps brûlant contre la chair de son amant. « S’il te plait… » Susurrait-elle en faisant courir ses doigts, sa langue sur la peau de son héros, dénichant les lieux, les creux et éminences où frémit la vie.
Alors il céda. Tous deux savaient qu’il en serait ainsi, et qu’au jeu de son désir femelle, il ne pouvait résister. Cette fois encore, il fermerait les yeux, tournerait la tête tandis que…
Il soupira. Sa déesse avait encore gagné. Mais était-ce vraiment lui être infidèle ? Cette fois encore, il la regarda se tourner vers l’en-deçà, vers ce monde qui méritait si peu qu’elle s’offrit à lui. Quel plaisir pouvait-elle trouver là ?
Mais elle était ainsi, fantasque et indomptable. Elle allait s’offrir aux sens de piètres fourmis dont la semence infime ne méritait pas qu’elle y jetât un cil.
Comment aurait-il pu imaginer la jouissance extrême, la communion ultime, le nirvanâ suprême que sa démesure ne pouvait offrir à son amante. Il lui tourna le dos et il s’endormit, repu de la jouissance qu’elle lui avait donnée.
Enjambant le monde, elle se fit nuages pour sentir la caresse des hommes, leurs cœurs battant à la voir ainsi offerte. Tous les être en fièvre se mirent à se toucher, à danser, à chanter… Ô sublime sabbat où les corps en liesse s’unirent, communièrent et partagèrent leurs semences ! Les chants de plaisir et d’amour s’élevèrent vers les cieux, pénétrèrent son sexe floconneux et firent vibrer tout son être en une pluie bienheureuse.
L’orgasme ne fut pas planétaire cette fois-là, mais de ses amours avec les fragiles humains, naquirent de nouveaux espoirs que les jours à venir seraient à nouveau baignés de divin.
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