psymage.Lita.S
.../...
Constance, ce n’est pas mon prénom.
Vous n’allez pas le croire… Constance, c’est ma belle-mère qui m’en a fait cadeau. C’était au temps où Samson terminait ses études et les gazelles ne bondissaient pas encore dans son sillage. Je ne saurai jamais ce qui avait bien pu lui plaire en moi, ni ce qui m’a plu chez lui. Il y a des unions qui se font comme ça, sans élan ni allant. Il était timide, gentil et quitte à me marier… Il avait parlé de moi à sa mère en disant : « Tu verras, maman, elle est toujours d’une constance ! ». Ca avait plu à belle-maman qui m’avait acceptée faute de mieux en me prénommant ainsi : « Vous permettez que je vous appelle Constance, ce prénom vous va très bien ! Et puis Lolita, ça fait un peu olé olé hein ! » Ca et le reste… comment voulez-vous que mon identité ne soit pas branlante.
En vrai, je me prénomme Lolita. Pour une fois que ma mère faisait preuve d’un peu d’imagination ! Vous pensez, prénommer sa fille Lolita, dans le milieu que fréquentaient mes parents, c’était comme faire la roue sans culotte au milieu du salon. En fait, seul le prénom a plu à ma mère… pas moi. Enfant, j’avais trop peu de saveur pour que ma mère me trouve quelque intérêt. Mon diminutif était « Lo »… j’aurais préféré « Lita » mais ma mère faisait court, comme pour les chiens dont elle coupait la queue. Quant à mon père, quand il n’était pas dans l’agence de pub qu’il avait créée, il se tirait à la chasse. Il avait fini d’explorer les possibilités que pouvait lui offrir ma mère et les enfants ne l’intéressaient pas… Mais les femmes, oui. Je m’inscris dans une lignée de cocues.
Mon père ne s’est aperçu de mon existence que lorsque j’ai eu quinze ans, les seins qui pointent et la cuisse un peu dodue. J’aurais préféré que mon adolescence lui soit indifférente. Il ne m’a jamais touchée mais… ses yeux quand il me regardait ! Beurk !
Un dimanche, il m’a emmenée à la chasse avec l’une de ses maîtresses, du genre manucurée qui s’ennuie, rimmel et compagnie. Nous étions à l’étroit dans l’espèce d’abri où ils ont commencé à se peloter devant moi. Ca n’a pas été difficile de faire germer dans l’esprit de la dame, l’idée d’apprendre à se servir aussi de l’engin balistique… Elle n’a tiré qu’un coup, et pas le meilleur. C’est parti tout seul, en plein coeur. Là, j’avoue que j’ai eu peur. Ca n’a pas beaucoup saigné mais les cris qu’elle poussait ! J’en ai fait des cauchemars pendant des années.
Le veuvage est allé comme un gant à ma mère, l’assurance vie qu’avait souscrit mon père aussi. C’est sans doute la seule fois où je lui ai rendu service. Même si elle avait su par quelle grâce l’une des maîtresses de son mari l’avait dégommé d’un coup de fusil, je parie qu’elle ne m’aurait pas dit merci. Quitte à être libre de ses mouvements, elle a fait en sorte que je sois très souvent invitée dans les rallyes et garden parties où frayent les beaux partis. Dans l’une de ces fiesta, j’ai tapé dans l’œil de Samson ; normal, il est bigleux. Je ne savais pas qu’il faudrait aussi que je me farcisse sa veuve de mère.
Si j’avais su… Je l’aurais tuée quand même mais on devrait y réfléchir à deux fois avant d’occire une juive quelque peu orthodoxe. Mes parents faisaient à peine semblant d’être croyants et en dehors des enterrements, mariages ou baptêmes, ils se fichaient des offices et des rites chrétiens. On a beau s’appeler Dupré, quand on se prénomme Samson, il y a talmud sous roche. Je n’ai rien contre les religions et leurs rites, sauf quand quelqu’un que je ne connais pas s’installe dans la chambre d’amis où le corps de feue Sarah Dupré vient d’être déposé afin de la veiller -c’est avant qu’il fallait veiller sur elle, maintenant, elle ne risque plus rien-, l’interdiction de nous laver pendant une semaine, la cérémonie funèbre, l’enterrement, tous ces gens en noir dans notre maison…
Moi, je suis pour l’incinération mais dans le contexte, cette suggestion aurait bien sûr été mal venue.
Finies les vacances. J’avais mal choisi le moment pour ce meurtre gastronomique. Nous sommes donc rentrés à la maison, et en deuil pour une durée de quarante jours. Enfin ça, c’était l’idée de départ mais Samson n’a pas tenu la distance
« J’ai invité les Leduc à dîner et il y aura aussi les Duchemin-Vagnon avec leurs amis de Cannes, Tristan et sa nouvelle petite amie, Cassie, je crois.
- Mais je croyais qu’on était en deuil ! et puis Marilyne a pris sa journée ! Marilyne, c’est le trésor silencieux et efficace qui épluche nos patates, vide le lave-vaisselle… Samson l’appelle « la bonniche », évidemment.
- Oui, je sais mais les Leduc font courir leur meilleur cheval dimanche et ils veulent que je le voie avant.
- Alors pourquoi les inviter, c’est le cheval que tu dois voir…
- Il y a des gens qu’il faut inviter, voilà ! Tu n’as jamais rien compris aux relations d’affaire, ma pauvre !
Ca, je déteste. Le « ma pauvre ! », c’est une parole qui te ratatine, te liquéfie, te tue. Mon très cher et pas tendre a depuis longtemps remplacé les « ma chérie » par ces « ma pauvre » qui me donnent une envie furieuse de le transformer en torchère. Mais comme d’habitude, je ne dis rien et je vais voir en cuisine ce que je vais pouvoir servir de mangeable à ces imbéciles prétentieux qu’il a invités. »… Je passe sur un détail sans importance à mes yeux : Clarisse Duchemin-Vagnon est, dit-on, la régulière de mon mari.
Outre les regards appuyés dont ils ne se privent pas, je vais devoir me farcir les « oh mais tu n’as pas vu le dernier film de machin ? » ou mieux encore, « Allons Samson, tu devrais la sortir un peu, cette pauvre Constance !
Ca ne loupe pas : repas mortel. Les Leduc et les Machins sont chez nous en terre conquise. C’est à peine s’ils remarquent ma présence de servante, sauf pour me dire : « Tu as sûrement des baies roses, j’adore avec le magret. » A croire que sans baies, mon canard n’a aucun goût. Et je lève mes fesses afin de quérir en cuisine, les baies pour Dame Clarisse…
Et puis Samson.
« Oh mais Constance n’y connaît rien en politique, ni en philosophie ou en art d’ailleurs, pas vrai ma chérie ?! A part s’occuper des gosses… Et heureusement qu’on a la bonniche… Tu n’oublieras pas de sortir le vacherin du congélo »
Alors me vient une folle envie de lui carrer le plat d’endives en travers de la glotte mais je souris humblement, l’air de rien. Il est en train de parler avec cette nouille de Marc Duchemin de mes deux.
« Oui, la Bourse, ça a encore baissé, c’est inquiétant à ce niveau-là.
- D’autant que moi j’avais pris des Nikkei…..
- Et t’es niqué…j’sais pas c’que j’ai… excusez-moi. Et voilà Samson qui se lève en marchant bizarrement vers les toilettes.
- Y’a quelque chose qui n’est pas passé, fait Violetta Leduc en me regardant, c’était un peu épicé il faut dire.
Je me lève pour rejoindre mon homme aux toilettes. Appuyé au lavabo, il se tient les… bourses qui semblent avoir une tendance à la baisse.
« J’comprends pas, c’est venu tout d’un coup, c’est comme si on m’arrachait les couilles.
- Tu as très mal ?
- Evidemment, ça fait mal, c’te blague.
- Moi tu sais, je n’ai pas cet attirail. Tu veux que j’appelle un médecin ?
- Non, non, ça va déjà mieux. Retourne auprès de nos invités.
Pauvre Samson, si tu savais ! Depuis quelques temps, il souffre de maux bizarres que le médecin ne parvient pas à expliquer malgré tous les examens qu’il subit. Migraines subites qui disparaissent comme elles sont venues, maux de ventre, nausées… A l’approche de la cinquantaine, je soigne son hypochondrie en vrillant ses tempes, en tordant sa ride du lion, en lui faisant valser les bourses ou en nouant ses boyaux, un vrai régal ! A chaque fois qu’il me maltraite et ça devient de plus en plus fréquent, c’est pour moi un jeu d’enfant. Il n’a pas fait le rapprochement entre ses vilénies et ses maux étranges mais son humeur empire.
« Ca va, Samson ?
- Oui oui, il a parfois des problèmes de prostate.
- Oh déjà, le pauvre chou ! Cassie, la petite dinde décolorée à la mode Croisette semble navrée tandis que les hommes cachent à peine leur petite satisfaction de savoir ce cher Dupré en délicatesse avec ses parties.
- Ma pauvre Constance, tu dis encore n’importe quoi, aboie Samson qui arrive en rebouclant son ceinturon. Rien à voir avec ma prostate qui est nickel chrome. C’est une douleur bizarre qui s’arrête aussi vite qu’elle est venue, je n’y comprends rien. C’est comme ces migraines…
- De toutes façons, il se fait tard, hein Violette !
- Mais et le dessert, on n’a pas encore pris le dessert !
- De toutes façons, on n’a plus faim. J’ai déjà eu du mal à finir la salade…
De toutes façons, « On » a bien de la chance que je ne liquéfie pas les tripes de toute cette clique. Qu’ils s’en aillent ces plus-que-bobos qui parlent d’humanitaire comme si c’était leur croisade, ergotent à propos des dernières frasques de Paris-Hilton et déplorent que leur nouvelle piscine en forme de cœur ne soit pas si pratique pour les longueurs.
La pauvre Constance affiche un sourire de circonstance en bisant les cons sur le perron. Signe de la main pour accompagner les « Ciao ciao, c’était délicieux… » et je laisse Samson les raccompagner à leurs 4X4 et coupés sport respectifs. Mais c’est décidé : je ne serai plus la « pauvre Constance » de personne.
J’hésite sur la façon de le tuer. Je l’ai déjà dit, programmer un meurtre n’est pas si facile. Et puis je ne veux pas que ce soit en présence des enfants ; j’ai un minimum de décence. Ca m’embête un peu pour les enfants. Si je pouvais tuer Samson sans les rendre orphelins, ce serait idéal mais là…
« Quech’qui t’a fri de farler de ma froftate ? postillonne Samson…- gargarisme, crachat-… t’es conne ou quoi ?
En clair, il n’a pas apprécié que je parle de sa prostate devant ses invités. A poil devant le lavabo de la salle de bains, ses parties molles cessent de tressauter et son petit attirail arrête de faire « non, non » dans sa broussaille tandis qu’il se tient face à moi, sa brosse à dents à la main. Je ne réponds pas.
- Constance, t’entends quand je te parle ?
- Il n’y a pas de Constance ici.
- Quoi, qu’est-ce que tu racontes ? Ma pauvre, t’es malade ou quoi ?
Et voilà la « pauvre Constance », dans le désordre. S’il savait ce qui se joue dans cette scénette de salle de bain !
- Constance n’est pas mon prénom, tu le sais très bien.
- Tu… non mais je rêve, qu’est ce qui te prend ? je te parle des conneries que tu dis devant mes amis et toi…
- Tu te souviens, mon prénom c’est Lolita.
Il fronce les sourcils sous ses yeux ronds de surprise. Jamais je ne me suis autorisé un tel ton.
- Arrête, personne ne t’appelle plus comme ça, pas même ta mère vu qu’elle s’est tirée à l’autre bout du monde depuis des lustres. D’ailleurs, elle ne t’appelait pas Lolita…
- Toi, tu m’appelais Lili.
Là, j’essaie de lui donner une dernière chance de sauver sa peau mais au lieu d’en profiter, il poursuit.
- Oh arrête de bavasser… Mais qu’est ce que tu as à regarder ma bite comme ça ? Tu ne l’as jamais v… Aïe…ça me reprend. Aïe, j’ai mal ! J’ai mal, tu entends, fais quelque chose… Oooo !
J’ai envie de lui dire que précisément, je fais quelque chose…
Il se tient le bas-ventre et tombe à genoux sur le carrelage. Très droite devant lui, je ne bouge pas d’un pouce tandis que mentalement, je tords ses testicules et son pénis.
- J’ai maaal… aa… Cons… tance, ss’il… te… plaît… Aaaa…
Devant une souffrance telle que je ne lui en ai jamais encore infligée, mon premier mouvement est de cesser et de l’aider à se relever… Les habitudes, quand elles sont installées ! Alors je me remémore toutes les fois où il m’a humiliée et poursuis le supplice. Toutes les couleurs possibles passent sur son visage. Je ne faiblis pas, épatée par l’intensité de la douleur que l’on peut infliger à cette zone masculine. Une douleur que je peux faire remonter jusqu’au cœur et dont on ne saura pas que je l’ai créée. Je pense à ce film où le tueur faisait mourir ses proies par là où ils avaient pêché… « Seven ». Moi, je ne serai sans doute jamais une championne du meurtre mais je me défends. Absorbée un instant par ces pensées, j’ai un peu relâché ma prise et Samson a pu ramper dans la salle de bains et a fini par se lover contre la cuvette des w.c, sa tête aussi blême que la faïence. Comme je me concentre à nouveau, il geint en tenant son sexe à pleines mains entre ses cuisses serrées. Ses yeux m’appellent, me supplient. Péniblement, il parvient à articuler :
« Li… li, si…te…pl… ».
La vie tient parfois à deux syllabes. La Lili resurgie se laisse attendrir et relâche son étreinte potentiellement mortelle. Passent quelques minutes de quasi silence… Samson retrouve son souffle, son teint, pas vraiment sa virilité… Affalé par terre, il regarde autour de lui comme quelqu’un qui vient de sortir d’un cauchemar mais qui ne sait pas très bien s’il en a vraiment réchappé.
Et puis lui vient une pensée. Tellement improbable, tellement invraisemblable qu’il secoue la tête pour la chasser. Il lève les yeux vers moi et j’y lis une interrogation.
Je souris. Quelque chose se lézarde dans son esprit. Je peux presque y suivre la zébrure. Son menton a soudain l’air de peser une tonne, son corps plus encore.
Je l’aide à se relever. Quitte à l’épargner, autant le faire avec élégance.
Samson est malade. Physiquement, il n’a rien mais il ne quitte plus le lit ou le canapé du salon. Son associé a du mal à assurer, les canassons et leurs maîtres piaffent, ses admiratrices s’impatientent mais il s’en fout. Comme il ne mange presque rien, il a perdu pas mal de kilos et, s’il se mettait à faire du sport pour de vrai, il serait presque séduisant. Il évite de rencontrer mes yeux mais je sais qu’il me regarde à la dérobée. Ca a l’air de cogiter fort sous son scalp. Je ne dis rien mais je m’occupe de lui presque tendrement. La vie n’est que changement.
« Il a quoi papa ? Pourquoi il est tout le temps couché ?
- Ca va aller, mon chéri. Il est fatigué parce qu’il a beaucoup travaillé ces derniers temps. Ne t’inquiète pas
- Il pourra pas m’amener voir Chanel ?
Chanel, c’est la pouliche que Samson a promise à Argentine. Elle ne perd jamais le nord, cette enfant.
- Mais si, un peu plus tard…
- Pa…pa ?
Alors là, j’ai craqué. Fleur vient de prononcer son premier mot… pour réclamer son papa. Dire que j’ai failli les priver de leur père… A deux syllabes près ! Oh mes chéris, mes chéris !...
- PAPA, PAPA, Fleur a parlé, trop cool ! Papa, Fleur a dit « papa ». Jules-Adam s’est rué dans la chambre où, rideaux fermés, son père somnole.
Vous avez déjà vu la scène, dans les films dits « familiaux », quand tous se retrouvent autour du lit d’un comateux perdu dans les limbes depuis lurette… le moment où, grâce à un son ou à une image, il y a un électrochoc qui ramène le presque mort dans le monde des vivants. On se dit « ça y est, ils nous font le coup de la sortie du coma ! ». Et bien, c’est à peu près ce qui se passe. A ceci près que le personnage perdu dans un ailleurs et malgré son état dépressif, ce n’est pas Samson mais moi,
Constance Lolita.
Sur le lit, les enfants mettent un joyeux désordre. Jules-Adam joue les Zébulon, au risque de déchirer les draps en satin, Argentine rit et bat des mains à genoux sur les oreillers et Fleur… Ma petite Fleur s’est lovée dans les bras de son papa. Il ne dit rien mais je vois des larmes couler sur ses joues… Et je pleure.
Je pleure, il pleure, nous pleurons… heureusement que vous n’y êtes pas sinon, toute la conjugaison y passerait.
Un peu intimidée par cette ambiance inconnue, je les regarde à travers mes larmes et puis, gauchement, je m’approche du lit. Leurs regards m’y invitent, me supplient presque d’être enfin une maman, une femme ordinaire. Une maman qui ne regarde pas grandir ses aînés en se disant qu’ils sont comme ci ou comme ça, qui ne confine pas sa petite dernière dans une complicité douteuse qui la muselle… Une femme qui ne la coupe pas à leur père, qui ne tue plus les gens en douce, et qui rit, et qui pleure…
Assise au bord du lit, j’articule avec peine :
« Je ne veux plus que tu me dises «ma pauvre Constance ». Je ne veux plus que tu m’appelles Constance. » Et je fonds en larmes derechef.
Samson s’est redressé. Dans ses yeux, il n’y a plus la peur et la détresse qui y flottaient. Il prend ma main.
« Plus jamais, Lili, plus jamais. »
Le temps passe et la famille Dupré n’est plus la même.
Jules-Adam a décidé qu’on ne l’appellerait plus que Jules. Il a pris dix centimètres en six mois, s’est affiné et… sa syntaxe est toujours aussi douteuse. Argentine galope avec Chanel derrière son père. Fleur a sauté une classe et jacasse sans arrêt. Elle s’habitue aux félicitations, aux copines et aux jeux avec son frère et sa sœur. Samson a revendu sa clientèle et nous avons quitté le Pécos argenté pour une jolie maison bretonne où par chance, Marilyne nous a suivis. Avec les sous de l’héritage Dupré et ses placements boursiers, mon mari n’a pas besoin de travailler et il se consacre à ceux qui lui sont chers. Nous sommes une famille heureuse.
Le traitement sévère que j’ai infligé aux joyaux de mon homme – « mon homme », voyez comment je dis ça !- a dû avoir un effet paradoxal, un peu comme quand on est tout excité après avoir ingurgité un tranquillisant. Je vous le donne en mille : fini le bigoudi mou, le coup du lapin… j’ai pris mon premier big foot. Mais alors quand je dis le pied !…Franchement, je ne pensais pas que ça existait, un truc pareil. Là, je n’ai montré aucune constance et Samson en est resté coi. Il n’avait jamais vu un tel baroud. Depuis, j’apprends à modérer mon expression orgasmique et on se fait des galipettes dès que c’est jouable : sieste, voiture, cabine d’essayage… tout nous est bon.
Par contre, le truc curieux c’est que j’ai perdu mon don. Plus moyen de faire bouger quoi que ce soit. Comme si l’énergie orgiaque du coït avait bouffé mon don de kinesthésie. A choisir, je préfère.
Samson ne m’a plus jamais parlé de ce qui s’est passé. Un jour, je lui dirai peut-être tout ce que j’ai fait. Je ne sais pas s’il le croira, s’il me pardonnera. Avec le temps, j’en viens à me demander si tout ça… C’est peut-être ce qu’il me dira : que je suis trop imaginative, que le coup de fusil mortel qui a occis mon père est parti tout seul, que la pierre était trop lourde pour la sale gosse, que sa mère avait tendance à tout prendre de travers, que ses migraines étaient dues au surmenage et que l’épisode de la salle de bains…
On ne peut pas tout expliquer. Quand même, parfois j’aimerais bien que Fleur me rappelle le temps où, pour elle, je faisais tourner la galaxie !
F I N
Merci ma zamie, ce fut un plaisir à lire
Thierry